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Vocalises orque Norvège

L’orque de Norvège, son mode de vie et sa communication

L’orque de Norvège est principalement réputée pour sa spectaculaire technique de chasse du carrousel. Toutefois, son étude par Orcasounds Norway montre que les différents groupes d’épaulards qui croisent le long des côtes norvégiennes et dans les fjords s’adaptent en fonction des proies disponibles.

Orcasounds Norway est un organisme de recherche à but non lucratif qui étudie les vocalisations et les comportements des baleines et des dauphins dans le nord de la Norvège. Il s’intéresse de près aux orques qui se nourrissent principalement de harengs dans la région, mais aussi de saumons, de maquereaux et de petits mammifères marins pour certaines.

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La technique de chasse du carrousel et les interactions avec les pêcheurs

En Norvège comme partout dans le monde, les orques s’organisent en pods matriarcaux et chassent en groupe. Dans cette région, les cétacés se nourrissent principalement de harengs, mais aussi de saumons, de maquereaux et, pour certains, de petits mammifères marins. Les pods utilisent fréquemment la technique du carrousel qui consiste à regrouper les harengs en une boule compacte. Les orques assènent ensuite de très violents coups de queue qui assomment et tuent les harengs. Elles ne rencontrent alors plus aucune difficulté pour les saisir pour s’en repaître.

La technique de chasse du carrousel nécessite une parfaite coordination, c’est pourquoi les orques vocalisent abondamment à cette occasion. Au cours des vingt dernières années, les activités humaines autour des orques n’ont cessé d’augmenter, à la fois pour l’observation des épaulards et pour l’industrie de la pêche.

Vocalises orque Norvège © George Karbus 6
© George Karbus

En raison de l’augmentation de la pêche au hareng, les orques ont aussi commencé à se nourrir des poissons rejetés par les bateaux de pêche qui capturaient les harengs. Ce comportement de recherche de nourriture nouvellement appris s’est rapidement transmis et les interactions avec les bateaux de pêche sont désormais courantes pour la plupart des groupes d’orques.

Le carrousel des orques pour chasser le hareng en Norvège

L’observation de la chasse au carrousel par Orcasounds Norway

Orcasounds Norway observe les orques de Norvège dans leur habitat naturel, afin d’en apprendre davantage sur chaque individu, en même temps que sur la vie au sein du pod. Les membres des équipages les observent et les photographient depuis le bateau. Ils utilisent également des hydrophones pour écouter leur communication. Des drones complètent l’arsenal de capture d’images et de sons. Tous les moyens sont donc non intrusifs et ne perturbent pas la chasse.

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© George Karbus

Toutes ces données constituent la base d’une analyse plus approfondie visant à mieux comprendre la communication et les comportements des orques, ainsi que leurs structures sociales et leur vie en général. En comparant les marques individuelles sur leur corps, en particulier sur la région de la nageoire dorsale et de la tache de la selle, Orcasounds Norway identifie les individus et les groupes spécifiques en les comparant à leur vaste base de données collectée au fil des années. Ainsi, l’organisme suit la vie des épaulards et observe l’évolution de leur répartition sur le moyen et long terme.

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Le vaste répertoire d’Orcasounds Norway

L’objectif d’Orcasounds Norway est de comprendre la communication vocale des orques dans différents contextes comportementaux et en toutes circonstances. Leur catalogue de répertoires vocaux d’orques de Norvège compile des données depuis 2003. Il recense les enregistrements de plus de 17 groupes différents, ce qui a donné lieu à 59 types d’appels, 22 sous-types d’appels et 34 combinaisons différentes de types d’appels.

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© George Karbus

Les caractéristiques de l’orque de Norvège

Orcasounds Norway rappelle les caractéristiques principales de l’orque de Norvège.

  • Odontocète (cétacé à dents), le plus grand des dauphins, distribué dans le monde entier, nombre total inconnu.
  • Pod : groupe matriarcal avec des dialectes vocaux similaires et dont les membres sont apparentés.
  • Communauté : plusieurs groupes qui ont été observés ensemble au moins une fois. Les membres de différentes communautés ne semblent pas voyager les uns avec les autres et ne se croisent généralement pas.
  • Âge : femelles de 80 à plus de 100 ans, mâles de 50 à 70 ans.
  • Maturité physique des femelles vers 15 ans et 25 ans pour les mâles.
  • Taille maximum à maturité : 8 mètres pour les femelles, avec une nageoire dorsale de 0,8 mètre ; 9,1 mètres pour les mâles, avec une nageoire dorsale pouvant atteindre 2 mètres. À noter que cette très haute nageoire dorsale est la marque des orques transientes. Les orques de Norvège possèdent généralement un aileron beaucoup plus petit.
  • Poids : femelle de 2,5 à 4 tonnes ; mâles de 5 à 7 tonnes.
  • Maturité sexuelle : entre 8 et 17 ans.
  • Reproduction : un bébé orque tous les 3 ou 4 ans après une gestation d’environ 16 à 17 mois. La naissance peut avoir lieu toute l’année, mais il existe un pic à la fin de l’automne et au début de l’hiver. Une femelle donne naissance à 4 à 6 bébés orques dans sa vie, sur une période de 25 ans, jusqu’à 40 ans environ.
  • Ménopause : les femelles orques font partie des rares animaux à connaître la ménopause, vers l’âge de 40 ans. Elles vivent encore 20 ans ou plus.
  • Le bébé orque mesure un mètre de long et pèse environ 180 kilos. La mère allaite son petit pendant plus d’un an.
  • Formation de groupes : les orques fondent des liens sociaux très forts. Les jeunes des deux sexes ne quittent jamais leur mère et vivent toute leur vie en petits groupes familiaux. Ainsi, les mâles d’un groupe ne sont pas les pères des jeunes, mais les frères, les cousins ou les oncles. Ils rejoignent un autre groupe le temps de la reproduction pour éviter tout risque de consanguinité et reviennent ensuite dans le groupe matriarcal, mené par leur mère, grand-mère, voire arrière-grand-mère.
  • Le plus petit pod est composé de 6 à 15 orques. Il est mené par la doyenne qui est suivie par sa descendance des deux sexes.
Vocalises orque Norvège Andy Schmid
© Andy Schmid

Les différentes techniques de chasse de l’orque de Norvège

Les orques se déplacent en groupe ou en ligne. En Norvège, elles se nourrissent principalement de harengs, mais aussi de saumons, de maquereaux, d’oiseaux et de phoques.

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© George Karbus

La pêche du hareng et du maquereau

Si la technique du carrousel est la plus répandue, elle n’est pas la seule. Les orques peuvent s’adonner au marsouinage qui est une nage rapide qui consiste à effectuer une série de sauts horizontaux exécutés à grande vitesse hors de l’eau pour attraper les maquereaux. Elles peuvent aussi les assommer en frappant la surface de l’eau à l’aide de leur nageoire caudale.

En Norvège, les orques ont pris l’habitude de suivre les bateaux de pêche qui pêchent le hareng à la senne (ou à la seine). La pêche à la senne consiste à capturer les poissons à la surface en pleine eau en les encerclant à l’aide d’un filet de pêche appelé senne ou seine. Les orques profitent des poissons qui échappent in extremis au filet, ainsi que des poissons qui sont rejetés au cours de cette opération. Ce comportement a progressé au cours des dernières années, en raison d’une augmentation des quotas de capture de harengs et par conséquent des navires de pêche.

 

La pêche du saumon

Lors de la pêche au saumon, l’orque écholocalise le poisson avant de le poursuivre et de l’attraper. La pêche au saumon se déroule en formation lâche et en petit groupe, voire individuellement. Un épaulard peut aussi effectuer une brèche qui assomme le saumon ou le tue sur le coup.

Au cours des chasses, il est courant d’observer divers comportements dont le spyhopping, la technique d’espionnage lorsque l’orque se place à la verticale et maintient sa tête hors de l’eau plus ou moins longtemps pour observer son environnement. Le lob tailing est aussi fréquent, lorsque l’épaulard claque sa caudale contre la surface de l’eau, créant à la fois du bruit et des ondes de choc.

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© George Karbus

La migration des harengs et des orques de Norvège

Les harengs migrent chaque année vers les côtes du nord de la Norvège pour y passer l’hiver. En janvier-février, ils se déplacent plus au sud vers leurs frayères le long de la côte norvégienne. Ils passent le reste de l’année en haute mer et reviennent sur la côte nord de la Norvège l’automne suivant.

Les orques se nourrissent de ce stock de harengs. Certaines peuvent ensuite les suivre tout au long de l’année, tandis que certains pods passent les mois d’été à l’intérieur des fjords et se nourrissent de saumons, de harengs restés dans la région, de maquereaux et de petits mammifères marins.

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Le schéma de migration saisonnière du hareng est connu pour subir des changements majeurs au fil du temps. Jusqu’à la fin des années 1960, les zones d’hivernage se trouvaient dans les eaux plus profondes de la mer de Norvège. À la suite d’un effondrement du stock de harengs – dû notamment à la surpêche – les zones d’hivernage se sont déplacées vers les fjords du nord de la Norvège. Actuellement, les principales aires d’hivernage se trouvent au nord de Tromso, où les poissons sont présents d’octobre à mars. De grandes quantités d’orques, de baleines à bosse et de rorquals communs se rassemblent pendant cette période dans les fjords.

Les orques peuvent également être observées dans les îles Lofoten de mai à septembre où elles se nourrissent généralement de saumon, de hareng et de maquereau.

Vocalises orque Norvège © George Karbus 5
© George Karbus

Les vocalises de l’orque de Norvège lorsqu’elle chasse le hareng

Les orques dépendent de la communication vocale pour les interactions sociales, la navigation, la localisation de la nourriture et le travail d’équipe pour rassembler les harengs en une boule compacte. Elles produisent une grande variété de sons qui diffèrent selon leur objectif.

Les clics sont principalement utilisés pour l’écholocalisation. Les sifflements se produisent lorsque les orques sont proches les unes des autres et les sifflements sont préférés pour la coordination à courte distance et le maintien des interactions.

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© George Karbus

Les appels sont utilisés pour la communication de près et de loin. Il s’agit de sons pulsés stéréotypés qui sont souvent caractérisés par deux composantes de fréquence modulées indépendamment :

  1. une composante basse fréquence (LFC) dont la majeure partie de l’énergie sonore est inférieure à 10 kHz ;
  2. une composante haute fréquence (IJFC) qui consiste en une fréquence fondamentale allant de 2 à 12 kHz avec des bandes latérales allant jusqu’à 100 kHz.

Les orques produisent également des bourdonnements et des grincements dans la gamme des moyennes fréquences qui accompagnent souvent les cris.

Baleine à bosse Norvège © George Karbus 1
© George Karbus

Les baleines à bosse pique-assiette de l’orque de Norvège

Les orques communiquent beaucoup pour coordonner la formation de la boule de harengs. Or, les baleines à bosse ont l’ouïe fine et elles sont nombreuses dans les fjords durant l’hiver ! Lorsqu’elles comprennent qu’une chasse est en cours, elles se dirigent dans sa direction. Il leur suffit alors de traverser la boule, la gueule béante pour enfourner une immense quantité de harengs.

Face à ces géantes deux fois plus grandes qu’elles, les orques sont obligées de s’écarter, puis de travailler à nouveau de concert pour reformer la boule de harengs.

La quantité de harengs étant extraordinaire, chacun des cétacés accède à suffisamment de nourriture pour se repaître, sans mettre en danger la population des poissons. Cet écosystème s’équilibre naturellement.

Quand les baleines à bosse profitent des orques dans les fjords de Norvège

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© George Karbus

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