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Étude Sur L’aileron Plié De L’orque Sauvage Et Des Autres Cétacés

Étude sur l’aileron plié de l’orque sauvage et des autres cétacés

J’ai déjà abordé le sujet de l’aileron de l’orque sauvage qui s’affaisse dans l’article Orque sauvage, pourquoi la nageoire dorsale tombe parfois, mais je souhaite ici compléter les informations avec les enseignements tirés d’une étude scientifique parue dans le Journal of Anatomy, The incidence of bent dorsal fins in free-ranging cetaceans (L’incidence des nageoires dorsales pliées chez les cétacés en liberté).

Aileron orque sauvage courbé

Retrouvez le détail des causes de l’aileron de l’orque sauvage affaissé dans l’article Orque sauvage, pourquoi la nageoire dorsale tombe parfois.

Le résumé des raisons pour lesquelles l’aileron de l’orque sauvage s’affaisse : la vidéo

Contrairement aux idées reçues, l’effondrement des nageoires ne touche pas que les cétacés captifs. Les biologistes pensent qu’il y a plusieurs raisons à ce phénomène. Voici la transcription de la vidéo ci-dessous.

« Contrairement à la croyance populaire, le phénomène ne touche pas que les cétacés en captivité, même s’il est plus fréquent dans ce cas. Cependant, on a aussi vu des orques sauvages avec des nageoires courbées. La cause ne peut donc pas être uniquement la captivité.

Le collagène de la nageoire dorsale se décompose. L’une des raisons pour lesquelles cela peut se produire est la température trop élevée qui peut perturber la structure et la rigidité du collagène. Ce qui pourrait expliquer pourquoi plus les orques en captivité ont des nageoires courbées.

En captivité, les orques remontent plus souvent à la surface, exposant leurs nageoires à l’air plus chaud. Le processus de l’affaissement ne prend pas beaucoup de temps. Un groupe a développé des nageoires incurvées après un mois de captivité. Cependant, une fois que le groupe a été relâché dans la nature, les nageoires sont redevenues normales.

Bien que la température soit la principale théorie, certains experts pensent que la vitesse pourrait également être un facteur. Dans la nature, les orques nagent en moyenne à une vitesse de 5 à 7 kilomètres-heure et peuvent sprinter à des vitesses allant jusqu’à 55 kilomètres-heure. À ces vitesses, l’eau crée une force considérable contre la nageoire, ce qui la maintient forte et droite.

Les orques en captivité ne disposent pas assez d’espace pour atteindre ces vitesses. »

La composition de l’aileron dorsal de l’orque

La nageoire dorsale d’une orque est constituée d’un tissu conjonctif dense composé de fibres de collagène. Il n’y a pas d’os à l’intérieur. Ce type de tissu est vulnérable et de nombreux épaulards, mâles et femelles, portent des cicatrices permanentes sur leur nageoire dorsale à la suite de blessures.

En outre, de nombreux épaulards mâles montrent des signes de plissement partiel ou d’effondrement total de la nageoire en vieillissant.

Aileron orque sauvage Tribord

Tribord © Dave Hurwitz

La coupe transversale d’un aileron dorsal d’orque

Coupe aileron orque sauvage

La photo de la coupe transversale de la nageoire dorsale d’une orque montre le tissu conjonctif dense à l’intérieur, mais pas d’os rigide pour la soutenir.

Yuculta, l’orque résidente du nord et son aileron affaissé

Comparaison aileron orque sauvage

Yuculta (B13) © MPO

B13, également connu sous le nom de Yuculta, est une orque mâle, résidente du Nord — donc au large de la côte ouest du Canada — née en 1987. Sa matriligne, connue sous le nom de B7, comprenait en 2014 sa mère, son frère et sa sœur, ainsi que les baleineaux de sa sœur.

Yuculta fait partie des orques résidentes du Nord les plus facilement identifiables en raison de sa nageoire retournée qui repose le long de son dos à gauche. Le frère de Yuculta, Slingsby (B10), affiche également une nageoire dorsale plissée, ce qui en fait une famille originale.

La nageoire dorsale de Yuculta fut normale durant son enfance et son adolescence. Sans que l’on en connaisse la raison, elle s’est totalement effondrée durant l’été 2006, alors que l’épaulard était âgé de dix-neuf ans. Aujourd’hui, elle n’a pas retrouvé sa rigidité, mais ne semble pas le gêner le moins du monde.

La vidéo de Yuculta et sa famille

L’étude sur L’incidence des nageoires dorsales pliées chez les cétacés en liberté

Les nageoires dorsales pliées latéralement sont rarement observées dans les populations de cétacés en liberté, contrairement à ce qui se passe en captivité, où la plupart des orques (Orcinus orca) mâles adultes ont des nageoires pliées latéralement.

Ce sujet a été peu exploré, et les données sur son occurrence et ses causes possibles sont limitées. La présente étude présente les différentes causes possibles de ce phénomène.

Une approche empirique basée sur la recherche bibliographique et la compilation de 52 nouveaux enregistrements recueillis dans le monde entier a permis de trouver un total de 17 espèces de cétacés présentant des nageoires dorsales courbées. L’espèce totalisant le plus grand nombre d’enregistrements (64 %) est l’orque.

En moyenne, les individus avec des nageoires dorsales courbées représentent moins de 1 % de leur population, à l’exception des fausses orques (Pseudorca crassidens) et des orques. Il ressort de l’étude que la cause principale est associée aux interactions avec les lignes de pêche pour les fausses orques, et, pour les orques, les problèmes s’avèrent davantage liés au milieu dans lequel elles évoluent et à leur état de santé.

L’aileron qui s’affaisse ne présente cependant aucun danger pour la survie de l’individu, quelle que soit son espèce.

Ailerons orques sauvages

L’utilité de l’aileron des cétacés

La majorité des cétacés — baleines, dauphins et marsouins — possède une nageoire dorsale connue pour jouer un rôle important dans l’hydrodynamisme et la régulation de sa température corporelle. Ainsi, elle assure la stabilité pendant la nage et permet de dissiper l’excès de chaleur.

Chez les espèces sexuellement dimorphiques comme l’orque, la grande nageoire des mâles adultes représente un caractère sexuel secondaire qui peut permettre aux femelles d’évaluer la condition physique d’un mâle. Pour fonctionner de manière optimale pendant la nage, l’aileron dorsal doit être verticalement droit.

Bâbord aileron orque sauvage

Bâbord © Dave Hurwitz

L’aileron dorsal de l’orque en captivité

L’aileron dorsal plié ou affaissé est largement plus fréquent chez les orques en captivité. S’il touche plus nettement le mâle à cause de sa dorsale pouvant atteindre près de deux mètres de haut, il touche également les femelles.

La flexion fréquente des nageoires en captivité est le résultat de la gravité agissant sur des nageoires composées principalement de tissu conjonctif fibreux (sans os à l’intérieur pour assurer la rigidité). Elles souffrent d’un mouvement insuffisant, d’une exposition à l’eau trop chaude des bassins et d’une trop longue exposition à l’air chaud, au contraire des orques sauvages qui nagent plus souvent sous l’eau, au frais.

À l’inverse, les nageoires dorsales pliées sont rarement observées dans la nature et ne touchent que quelques espèces avec des pourcentages qui demeurent minimes.

Bâbord et Tribord aileron orque sauvage

Bâbord et Tribord © Dave Hurwitz

Les causes de l’affaissement de l’aileron dorsal

La courbure et l’effondrement de la nageoire dorsale chez les cétacés vivant en liberté résultent d’un problème de :

  • malnutrition, sous alimentation et carence en nutriments ;
  • blessure physique ;
  • maladie ;
  • autres causes directement liées à un traumatisme, comme l’exposition à la pollution ;
  • choc psychologique ;
  • malformation.
Bâbord et Tribord ailerons orques sauvages

Bâbord et Tribord © Dave Hurwitz

Les données sur lesquelles se base l’étude scientifique

Les données servant à l’étude ont été compilées à partir d’une variété de sources : comptes rendus de conférences, revues de livres, rapports techniques, catalogues de photo-identification publiés, documents et thèses non publiés, ainsi que les photographies et données biologiques inédites, recueillies par les co-auteurs lors d’études sur le terrain.

Les nageoires dorsales courbées ont été définies comme des nageoires présentant une forme curviligne sur l’un des côtés et comprenant plusieurs degrés de courbure. Tous les animaux examinés ici ont été classés selon trois niveaux d’intensité de courbure.

Brèche aileron orque sauvage

Keiko © Chuck Davis

Les trois catégories d’aileron affaissé

L’étude a pris en compte trois degrés d’affaissement.

  1. Figure A : légèrement courbée où seule la partie supérieure (dernier tiers de la nageoire) est courbée ou lorsque la nageoire n’est pas courbée à plus de 30° environ.
  1. Figure B : modérément courbée où pas plus des deux tiers de la nageoire sont courbés, ou une partie de la nageoire est courbée entre 30° et 60° environ.
  1. Figure C : sévèrement pliée, de deux tiers à la totalité de la nageoire (c’est-à-dire effondrée à la base) est pliée ou une partie de la nageoire est pliée à plus de 60°.

3 ailerons orques sauvages

Les proportions d’ailerons affaissés par espèces

Les nageoires dorsales pliées chez les cétacés en liberté semblent se produire dans le monde entier. Comme vous pouvez le constater sur le tableau ci-dessous, il existe une grande disparité entre les différentes espèces, tout comme entre les orques, en fonction de leur appartenance géographique.

EspèceLocalisationNombre d’animaux observésNombre d’ailerons affaissésPourcentage de nageoires dorsales pliées
Dauphin commun à bec courtGolfe d’Hauraki, Nouvelle-Zélande2 08320,10 %
Grand DauphinHawaii, USA70810,14 %
Globicéphale du PacifiqueMadère, Portugal53710,18 %
Orque pygméeHawaii, USA33410,30 %
Dauphin à nez blancFaxafloi Bay, Islande15910,63 %
Grand Dauphin de l’océan IndienPonta do Ouro, Mozambique30020,67 %
Grand DauphinMadère, Portugal14510,69 %
OrqueVesterålen, Norvège72050,70 %
Dauphin bleu et blancGolfe de Corinthe, Grèce41530,72 %
OrqueSnæfellsnes, Islande22820,88 %
OrqueIslande35971,95 %
Orque transienteColombie britannique, Canada643152,33 %
Orque résidenteColombie-Britannique, Canada528152,84 %
Pseudo-orqueHawaii, USA17973,91 %
OrquePacifique tropical oriental19584,10 %
OrqueNouvelle-Zélande12575,60 %
Aileron orque sauvage Bâbord

Bâbord © Dave Hurwitz

À noter que l’on entend souvent parler d’une proportion de 23 % d’orques de Nouvelle-Zélande présentant un aileron affaissé, mais ce pourcentage est dû à une méthode de comptage différente, sur une zone géographique restreinte, rapportée par une autre étude dont les statistiques ne peuvent être comparées à celles de cette étude.

Des nageoires dorsales légèrement à sévèrement courbées ont été observées chez des individus des deux sexes pour la majorité des espèces, à l’exception de l’orque, où les mâles ont une prévalence plus élevée (91 %), ainsi que chez la fausse orque où les femelles dominent.

Par ailleurs, la courbure s’est produite à droite de la nageoire dorsale (52 %), à gauche (44 %), et des deux côtés, c’est-à-dire observée à droite ou à gauche en différentes occasions (4 %).

Enfin, l’étude a montré que les nageoires pliées ont été observées principalement chez les adultes (94 %), bien qu’une orque pygmée juvénile et deux orques juvéniles aient été observées à plusieurs reprises au cours de plusieurs années avec une nageoire dorsale pliée.

Courbe aileron orque sauvage

Les causes possibles de l’affaissement de l’aileron

Les blessures physiques

L’étude a dénombré un taux de 40 % de nageoires dorsales déformées sur des animaux qui présentaient également des blessures physiques. Celles-ci se trouvaient sur la nageoire dorsale (21 %), à la base de la nageoire dorsale (9 %) ou sur la colonne vertébrale (10 %).

Bien que des blessures physiques (résultant par exemple d’une collision avec un bateau, d’un enchevêtrement dans un engin de pêche, de malformations congénitales ou d’infections) puissent provoquer une courbure de la nageoire dorsale, la plupart (60 %) des enregistrements présentés ici n’étaient associés à aucune blessure ou déformation.

Tribord aileron orque sauvage

L’orque sauvage Tribord

Les autres causes

Les autres causes sont difficiles à chiffrer, car il est impossible de connaître le niveau de stress de l’animal, la maladie qui peut le ronger, les problèmes de malnutrition, les conflits avec d’autres animaux, etc.

Enfin, si les orques sont les plus touchées, la très haute taille de leur aileron dorsal est probablement en cause, mais il est difficile de savoir si d’autres causes interviennent.

Dans l’ensemble, certains des facteurs contribuant à la courbure des nageoires dorsales chez la plupart des cétacés vivant en liberté ne sont toujours pas clairs, et cette anomalie physique pourrait être influencée par un ensemble complexe de variables plutôt que par un modèle unique ou une condition externe.

Aileron orque sauvage affaissé

L’orque et la fausse orque les plus vulnérables

L’étude montre que l’aileron dorsal de la fausse orque se plie souvent en raison de blessures traumatiques et que la nageoire de l’orque adulte se plie probablement en raison de sa taille démesurée. Chez les autres cétacés, la proportion étant si minime, l’étude réserve son diagnostic.

Dans tous les cas, la bonne nouvelle est que cette courbure n’affecte pas la survie des animaux !

Aileron orque sauvage à plat

Retrouvez dans l’article Orque vs requin blanc : l’histoire de Bâbord et Tribord les tribulations des deux orques à l’aileron affaissé les plus célèbres.

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Les références de l’étude The incidence of bent dorsal fins in free-ranging cetaceans

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