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Le Bébé Requin Blanc Préhistorique élevé En Pouponnière

Le bébé requin blanc préhistorique élevé en pouponnière

Le grand requin blanc captive l’imagination populaire avec sa taille impressionnante, son sens de la chasse et ses redoutables dents crénelées, mais qu’en est-il du bébé requin blanc ? Les documentaires évoquent toujours les requins adultes, éventuellement de jeunes adultes, mais jamais de bébé requin blanc !

Où grandissent les bébés requins blancs ?

D’après les chercheurs qui sont à l’affût de ces squales, le bébé requin blanc est placé dans une pouponnière depuis sa naissance, jusqu’au moment où il est suffisamment grand pour se défendre contre les prédateurs.

Les grands requins blancs peuvent avoir entre deux et dix petits dans une portée. Bien que les chercheurs n’aient jamais vu un grand blanc mettre bas, la présence dans certaines régions d’un nombre important de jeunes requins indique que le site de naissance est probablement très proche.

Cette hypothèse vient d’être renforcée par une étude qui a mis à jour des pouponnières préhistoriques de bébés requins blancs.

Le bébé requin blanc préhistorique de la région de Coquimbo, au nord du Chili

Pouponnières bébé requin blanc

Localités où se trouve le fossile du grand requin blanc du Pliocène inférieur du Pacifique Est de l’Amérique du Sud.
1 – Sacaco / 2 – Caldera / 3 – Mina Fosforita / 4 – Norte Bahia Caldera / 5 – Quebrada Camarones / 6 – La Cantera Baja / 7 – Quebrada Las Rosas / 8 – La Herradura

Une nouvelle découverte permet en effet de faire la lumière sur l’histoire de ce poisson insaisissable. Une équipe de scientifiques a récemment découvert la preuve de l’existence d’une nurserie préhistorique pour bébés requins blancs dans la région de Coquimbo, au nord du Chili. Selon l’article publié le 22 mai 2020 par le Scientific Reports, ces requins vivaient probablement il y a entre 2,5 et 5 millions d’années, à l’époque du Pliocène.

Dirigée par Jaime A. Villafaña de l’Université de Vienne, l’équipe a étudié les dents de grands requins blancs de trois endroits d’Amérique du Sud lorsqu’elle a réalisé que la plupart des dents du site de Coquimbo provenaient de juvéniles. « Nous avons été assez surpris de trouver un nombre aussi élevé de dents de requins blancs juvéniles dans la région », a déclaré Jürgen Kriwet, co-auteur de l’étude.

Les grands requins blancs protègent leurs petits dans des nurseries, généralement dans des mers peu profondes ou des baies protégées. Les requins adultes protègent leurs petits des prédateurs dans ces endroits abrités, jusqu’à ce qu’ils puissent survivre par eux-mêmes. Les grands requins blancs – ou Carcharodon carcharias – atteignent leur maturité sexuelle à vingt ou trente ans et peuvent vivre jusqu’à plus de 60 ans.

La dent de requin blanc pour estimer l’âge des animaux

Les chercheurs ont pu estimer la taille du corps et l’âge en se basant sur la dimension de la dent de requin blanc. La forte concentration de dents de requins juvéniles découvertes dans une zone suggère que les grands requins blancs ont utilisé des nurseries pour élever leurs petits durant des millions d’années.

 

Dents de requin blanc

A) représentation de la position des dents dans la mâchoire du grand requin blanc
B) fossiles correspondant à chaque position de dent

 

Comprendre la préhistoire pour protéger le bébé requin blanc aujourd’hui

La découverte d’une ancienne nurserie n’est pas la seule trouvaille passionnante pour les chercheurs. L’étude suggère que les requins blancs ont probablement été beaucoup plus nombreux par le passé au large de la côte Pacifique de l’Amérique du Sud qu’ils ne le sont aujourd’hui. Les fossiles brossent un tableau du Pérou et du Chili d’il y a un million d’années. Les côtes des deux pays abritaient à cette époque des nurseries florissantes, remplies de bébés requins blancs, ainsi que des zones d’alimentation grouillant d’adultes. Aujourd’hui, les requins blancs sont plutôt assez rares dans cette région.

Les scientifiques ne connaissent aujourd’hui que quelques grandes nurseries de requins blancs en activité. Le groupe de recherche Ocearch a découvert une nurserie au large des côtes de New York en 2016, la première du genre dans l’Atlantique Nord, comme l’a rapporté Jason Daley pour le magazine Smithsonian à l’époque.

Une étude plus approfondie de la nurserie préhistorique chilienne pourrait aider les efforts de conservation actuels en aidant les scientifiques à comprendre comment les nurseries contribuent à la survie des grands requins blancs.

L’influence du changement climatique sur le grand requin blanc

Cette nouvelle enquête tiendra également compte des conditions climatiques et des changements qui ont eu lieu sur le long terme pour tenter de comprendre comment les pouponnières se déplacent en fonction de la température de l’eau.

Pour Jürgen Kriwet, il est important d’améliorer notre compréhension des zones de paléo-pépinières, en particulier à partir des périodes où la température mondiale était plus élevée, car elles pourraient être utilisées comme étalon, pour mieux projeter les conséquences du changement climatique actuel.

Lieu de découverte dent de requin blancSelon Jaime A. Villafaña, la présence du grand requin blanc est actuellement peu fréquente au large des côtes chiliennes et péruviennes, mais les fossiles montrent que ces requins étaient très abondants dans le passé. « Le Pliocène est caractérisé par une réduction de la température mondiale. Les changements climatiques naturels survenus il y a des millions d’années pourraient avoir influencé la faible abondance actuelle du grand requin blanc dans la partie sud-américaine de l’océan Pacifique. Par conséquent, comprendre comment la population de grands requins blancs s’est comportée face aux changements climatiques passés, pourrait aider à la prise de décision concernant la conservation de l’espèce dans le contexte du changement climatique actuel », commente Villafaña.

Le docteur Marcelo Rivadeneira, chercheur au CEAZA (Centro de Estudios Avanzados en Zonas Áridas), affirme que les changements des conditions climatiques et océanographiques pourraient modifier la répartition et le nombre de nurseries dans l’océan, et que les plans de conservation doivent en tenir compte. « Notre étude démontre qu’au cours des périodes d’évolution, les zones de nurseries ont changé, et nous devrions donc nous préparer à faire face à des changements similaires à l’avenir ».

Les résultats de cette recherche indiquent que toute augmentation future de la température de la mer pourrait favoriser le déplacement et l’établissement de nouvelles nurseries dans les zones tempérées, ce qui modifierait la dynamique des populations de ce requin, avec des effets en cascade sur les réseaux alimentaires locaux.

La répartition du requin blanc aujourd’hui

Aujourd’hui, la répartition du grand requin blanc s’étend à la plupart des océans de la planète, à l’exception de l’Antarctique et de l’Arctique. Ce prédateur supérieur est considéré comme un signe de stabilité dans son environnement. Malgré sa suprématie, il est considéré comme vulnérable et en danger d’extinction en raison de l’activité humaine.

Au cours des dernières années, la recherche de zones d’alevinage pour les requins s’est intensifiée, afin d’atténuer le déclin de la population. Cependant, les connaissances actuelles sur les nurseries de requins sont limitées. Les paléo-nourriceries et leurs caractéristiques historiques demeurent largement inconnues.

 

Pouponnières bébé requin blanc monde

Zones de nourricerie existantes (bleu) et fossiles (orange) du grand requin blanc
1 – Coquimbo / 2 – Baie de Californie du Sud / 3 – Baie Sebastian Vizcaino / 4 – Baie de New York – New Jersey / 5 – Mer de Sicile / 6 – Mer Égée / 7 – Baie d’Algoa / 8 – Port Stephen / 9 – Cornet Inlet

 

« Nous devons étendre la portée de ces études à d’autres régions du monde où il est possible de trouver des fossiles de grands requins blancs, notamment en améliorant l’analyse du nombre et de la répartition des paléo-nourriceries à l’échelle mondiale, et en effectuant des comparaisons avec les conditions actuelles. Nous devons également déterminer l’âge exact des nouveaux fossiles découverts afin de reconstituer les conditions paléo-environnementales de ces régions », ajoute le docteur Rivadeneira.

Il affirme que ces informations sont essentielles pour comprendre si les conditions océanographiques actuelles, qui favorisent le maintien des crèches actuelles, sont les mêmes que par le passé.

« Si nous comprenons le passé, cela nous permettra de prendre des mesures de protection appropriées aujourd’hui pour assurer la survie de ce prédateur supérieur, ce qui est de la plus haute importance pour les écosystèmes » a déclaré Jürgen Kriwet.

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