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Seconde Partie « Baleine à Bosse » : La Vie De La Jubarte

Seconde partie « baleine à bosse » : la vie de la jubarte

Vous avez pu faire la connaissance de la jubarte au cours de la première partie Baleine à bosse : tout savoir sur Megaptera novaeangliae. Tâchons d’en savoir davantage sur son aire de répartition dans le monde, ses techniques de chasse et ses prédateurs.

Brèche baleine à bosse

La migration baleine à bosse

La jubarte est présente dans toutes les mers du globe et ses migrations font l’objet de nombreuses études sur lesquelles nous auront l’occasion de revenir dans d’autres articles.

Les baleines à bosses effectuent de très longs trajets entre leur zone d’alimentation dans les eaux froides et leur zone de reproduction dans les eaux tempérées ou chaudes. Il est rare qu’elles franchissent la ligne équatoriale, comme vous pouvez le constater sur la carte ci-après.

Carte de la migration de la jubarte

Répartition de la baleine à bosse

L’aire de répartition et l’habitat de la jubarte

Les rorquals à bosse habitent toutes les mers de la planète, y compris les zones les plus froides aux alentours des pôles.

Les quatre populations mondiales de jubartes, distinctes les unes des autres, sont les suivantes :

        1. océan Pacifique Nord ;
        2. océan Atlantique ;
        3. océan Austral ;
        4. océan Indien.

Bien qu’il soit rare que les rorquals à bosse franchissent la ligne de l’équateur, les observations saisonnières au Cap-Vert suggèrent des interactions possibles entre les populations des deux hémisphères.

Cétacé à fanons

La jubarte en Europe

Les baleines à bosse étaient autrefois rares en Méditerranée et dans la mer Baltique, mais leur présence s’est accrue dans ces deux eaux, à mesure que les populations mondiales se sont reconstituées après l’arrêt de leur chasse.

Les récentes augmentations dans le bassin méditerranéen indiquent que davantage de baleines pourraient y migrer à l’avenir, non seulement pour hiverner, mais aussi pour se nourrir.

Les baleines à bosse montrent également des signes de ré-expansion dans d’anciennes aires de répartition où elles n’avaient pas été observées depuis des décennies, comme :

        • l’Écosse ;
        • le Skagerrak : passage maritime entre le sud de la Norvège, le nord-ouest du Jutland danois et le Bohuslän suédois ;
        • le Cattégat : espace maritime entre le Danemark et la Suède ;
        • les fjords scandinaves, comme le Kvænangen.

Alimentation jubarte

La baleine à bosse dans l’Atlantique

Dans l’Atlantique Nord, les zones d’alimentation vont de la Scandinavie à la Nouvelle-Angleterre. Les baleines se reproduisent dans les Caraïbes et au Cap-Vert.

Dans l’Atlantique Sud et l’océan Indien, les baleines peuvent se reproduire au large du Brésil, ainsi que sur les côtes du centre, du sud et du sud-est de l’Afrique (y compris Madagascar). Les visites de baleines dans le golfe du Mexique ont été peu fréquentes.

Dans l’Atlantique Sud, environ 10 % de la population mondiale de l’espèce migre vers le golfe de Guinée. La comparaison des chants entre ceux du Cap Lopez et de l’archipel des Abrolhos indique qu’il y a des mélanges transatlantiques entre les populations de l’ouest et du sud-est.

Interaction des jubartes dans le sud de l’Atlantique

Migration des jubartes

Les rorquals à bosse de l’océan Pacifique Nord…

Une importante population s’étend chaque hiver sur les îles hawaïennes, de l’île d’Hawaï, au sud, à l’atoll de Kure, au nord. Les animaux se nourrissent dans des zones allant de la côte de Californie à la mer de Béring.

Les rorquals à bosse ont été observés pour la première fois dans les eaux hawaïennes au milieu du XIXe siècle et pourraient avoir pris l’ascendant sur les baleines franches du Pacifique Nord, car ces dernières furent chassées jusqu’à leur quasi extinction.

Au Panama et au Costa Rica, les baleines à bosse proviennent à la fois de l’hémisphère sud (de juillet à octobre avec plus de 2 000 baleines) et de l’hémisphère nord (de décembre à mars avec environ 300 baleines).

Une étude de 2007 a identifié sept individus qui hivernaient alors au large de la côte Pacifique du Costa Rica comme ayant voyagé depuis l’Antarctique sur environ 8 300 kilomètres. Identifiés par leur queue unique, ces animaux ont effectué l’une des plus longues migrations de mammifères marins jamais documentées.

Baleineau à bosse et sa mère

… et dans l’océan Pacifique Sud

En Australie, deux principales populations ont été identifiées au large des côtes ouest et est. Ces deux populations sont distinctes, seules quelques femelles de chaque génération se croisant entre les deux groupes.

Les populations du Pacifique Sud qui migrent au large de la Nouvelle-Zélande continentale, des îles Kermadec et de la Tasmanie augmentent, mais moins rapidement que dans les eaux australiennes en raison de la chasse illégale à la baleine, pratiquée par l’Union soviétique dans les années 70.

Baleine à bosse et baleineau

La situation des jubartes en Asie

Les baleines à bosse migrent à nouveau au large des archipels japonais et dans la mer du Japon. Des liens entre ces populations et les jubartes observées dans la mer d’Okhotsk, sur les côtes du Kamchatka et autour des îles du Commandeur ont été prouvés.

Les aires de répartition historiques de l’hivernage pourraient être beaucoup plus larges et plus méridionales, car les baleines ont été observées dans des zones le long des mers des Batanes, de Sulu et des Célèbes, notamment au large de Palawan, de Luzon, de la Malaisie et de Mindanao, avec des densités plus élevées autour de l’actuel cap Eluanbi et du parc national de Kenting.

Des observations ont été récemment signalées près de Bornéo. La première confirmation dans le Taiwan moderne a été celle d’un couple au large de Hualien en 1994. Elle fut suivie d’observations continues autour de l’île Orchid en 2000. En outre, malgré les observations rapportées presque chaque année au large des îles Green et Orchid, des séjours relativement courts dans ces eaux indiquent des périodes de récupération, car la recherche de nourriture en hiver n’a pas eu lieu.

Des observations, notamment d’un couple baleine / baleineau, ont eu lieu le long de la côte est de Taïwan. Autour de Hong Kong, deux observations documentées ont été enregistrées en 2009 et en 2016. L’une des premières observations documentées en mer Jaune concernait un groupe de 3 ou 4 individus, en octobre 2015.

Depuis novembre 2015, les baleines se rassemblent autour de Hachijō-jima, loin au nord des zones de reproduction connues des îles Bonin. Toutes les activités de reproduction, à l’exception des mises bas, ont été confirmées en janvier 2016. Cela fait de Hachijo-jima la zone de reproduction la plus septentrionale du monde, au nord des zones de reproduction telles que Amami Ōshima, Midway Island et les Bermudes.

Filet à bulles de la jubarte

Les baleines à bosse de la mer d’Arabie

Une population non migrante de la mer d’Oman y reste toute l’année, ce qui est unique. Les migrations annuelles habituelles des rorquals à bosse couvrent jusqu’à 25 000 kilomètres, ce qui en fait l’une des espèces de mammifères qui voyagent sur les plus longues distances.

Les études génétiques et les identifications visuelles indiquent que le groupe arabe est le plus isolé de tous les groupes de rorquals à bosse et le plus menacé, comptant peut-être moins de 100 animaux. Dans la mer d’Oman, l’île et le golfe de Masirah, les îles Halaniyat et la baie de Kuria Muria constituent les points fréquentés par l’espèce.

Quelques individus peuvent atteindre les Maldives ou le Sri Lanka. Les baleines à bosse ont été considérées comme plutôt rares dans le golfe Persique, mais de nouvelles études indiquent que l’on peut s’attendre à des présences plus régulières.

Mégaptère - jubarte

Quelques « recolonisations en cours »

Certaines recolonisations d’habitats sont confirmées :

  • Atlantique Nord et Sud (côtes anglaises et irlandaises dans la Manche), vers les côtes du nord telles que la mer du Nord et la mer des Wadden, où la première observation confirmée depuis 1755 a été faite en 2003 ;
  • Pacifique Sud (côtes de la Nouvelle-Zélande et Niue) ;
  • îles pélagiques du Chili comme l’île Salas y Gómez et l’île de Pâques, où des possibilités d’aires d’hivernage non documentées ont été envisagées ;
  • fjords du sud du Chili et du Pérou (Golfe de Penas, détroit de Magellan, canal Beagle) ;
  • Asie : Philippines, îles Babuyan, Cagayan, Calayan et la baie de Pasaleng, îles Ryukyu, îles volcaniques du Japon, îles Mariannes du Nord (redevenues récemment des zones d’hivernage en croissance).

Alimentation jubartes

La nourriture baleine à bosse

Les rorquals à bosse s’alimentent principalement en été et vivent des réserves de graisse pendant l’hiver. Ils ne se nourrissent que rarement et de manière opportuniste dans leurs eaux d’hivernage.

Le rorqual à bosse est un chasseur énergique, qui prend du krill et de petits poissons en bancs tels que des saumons juvéniles de l’Atlantique et du Pacifique, du hareng, du capelan et du lançon d’Amérique, ainsi que du maquereau de l’Atlantique, du goberge, de l’églefin et du menhaden de l’Atlantique Nord.

Les jubartes profitent aussi des fermes d’aquacultures (écloseries) dans le sud-est de l’Alaska, se régalant d’alevins de saumon relâchés par cette industrie.

Le krill et les copépodes (petits crustacés) constituent d’autres proies dans les eaux australiennes et antarctiques.

Les rorquals à bosse chassent par attaque directe ou en étourdissant leur proie en frappant l’eau avec des nageoires pectorales ou leur nageoire caudale.

Filets de bulles des jubartes

 Le piège du réseau à bulles

Le rorqual à bosse possède le répertoire de chasse le plus varié de toutes les baleines à fanons. Sa technique la plus inventive est connue sous le nom de « bubble net feeding » (alimentation au filet à bulles).

Il s’agit d’une technique imparable qui demande une coordination entre les membres du groupe. Les baleines à bosse forment un cercle en nageant en dessous de leurs proies qui se déplacent en banc. Elles créent un anneau de bulles qui s’étrécit au fur et à mesure, en encerclant le banc et le confinant dans un cylindre de plus en plus petit, tout en le faisant remonter vers la surface.

Cet anneau peut commencer à près de 30 mètres de diamètre et impliquer la coopération d’une douzaine d’animaux. Certaines jubartes soufflent les bulles, tandis que d’autres plongent plus profondément pour faire remonter les poissons à la surface, et d’autres encore poussent les proies dans le filet en émettant des vocalises.

Les baleines nagent alors soudainement vers le haut à travers le filet de bulles, la gueule grande ouverte, avalant des milliers de poissons en une seule gorgée. L’eau est ensuite expulsée au travers des fanons qui filtrent les proies qui sont avalées.

Retrouvez dans l’article « Nourriture baleine à bosse : la technique du filet à bulles » davantage de détails sur cette redoutable méthode, ainsi que des vidéos spectaculaires, avec des prises de vue du ciel, grâce aux drones, mais aussi du point de vue de la baleine à bosse, avec une caméra apposée sur l’animal à l’aide d’une ventouse.

Jubartes

La prédation de la jubarte par les orques

Des cicatrices caractéristiques indiquent que les orques s’attaquent aux jeunes baleines à bosse. On voit très nettement les traces de morsure sur la nageoire caudale des jubartes.

Les orques savent que si elles arrivent à empêcher la baleine à bosse de se servir de sa queue, elle n’a plus ni système de propulsion, ni direction, et se retrouve alors à leur merci.

Les mères et certains adultes – éventuellement apparentés – escortent les nouveau-nés pour dissuader une telle prédation. Les jubartes ne se laissent pas faire et se défendent contre les orques qui s’attaquent aux baleineaux ou aux juvéniles, ainsi qu’aux membres d’autres espèces.

Ventre blanc de la jubarte

Le grand requin blanc, l’autre impitoyable prédateur

Pour un carnivore de cette envergure, la baleine à bosse représente une proie des plus intéressantes. Le requin blanc est donc aussi un prédateur du mégaptère et il arrive que des individus se regroupent (ce qui est exceptionnel chez le grand requin blanc) pour attaquer une baleine à bosse.

Les attaques répertoriées sont peu nombreuses, mais elles existent. Une prédation a pu être filmée, au large des côtes d’Afrique du Sud. Le requin blanc à l’origine de l’attaque était une femelle surnommée Helen. Travaillant seul, le requin a attaqué une baleine à bosse de 10 mètres de long, c’est-à-dire deux fois sa taille.

Le femelle requin blanc a commencé en attaquant la queue de la baleine pour la paralyser et la saigner avant qu’elle ne parvienne à la noyer en lui mordant la tête et en la tirant sous l’eau. L’attaque a été observée par le drone aérien du biologiste marin Ryan Johnson. Il a déclaré que l’attaque s’est poursuivie pendant environ 50 minutes avant que le requin ne réussisse à tuer la baleine. Johnson a en outre suggéré que le requin avait peut-être mis au point une stratégie d’attaque pour tuer un animal de cette espèce, et qu’il avait peut-être déjà eu l’occasion d’attaquer des cétacés aussi gros.

Nageoires pectorales de la jubarte

Ainsi se termine le second article générique consacré aux magnifiques jubartes. Retrouvez tous les autres articles sur la page qui leur est consacrée pour en connaître davantage sur ce fascinant animal.

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