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El Faro De Las Orcas – Le Phare Des Orques, Les Coulisses Du Film

El faro de las orcas – Le phare des orques, les coulisses du film

El faro de las orcas est un film du réalisateur espagnol Gerardo Olivares, sorti en 2016. Si le film n’a pas connu un grand retentissement à sa sortie en salle, il n’en reste pas moins important pour les passionnés des orques, car il marque un tournant dans la perception de l’épaulard. La place qu’occupent les cétacés dans le scénario, comme le tournage qui respecte l’animal en n’utilisant pas d’orques de parcs aquatiques, montre – enfin – l’animal sous un autre angle : l’orque n’est pas présentée comme un prédateur dangereux et cruel, mais bien comme un animal sensible et intelligent.

Le titre original du film est El faro de las orcas, en français, Le Phare des orques, en anglais The Lighthouse of the Whales. Je vous propose de découvrir les coulisses et secrets de tournage de El faro de las orcas et de constater l’évolution de la perception de l’orque, depuis le très célèbre Orca, film de 1977.

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Le synopsis de El faro de las orcas

Le film El faro de las orcas s’inspire de faits réels. Beto travaille comme gardien du parc national isolé de la péninsule Valdés, dans la province argentine de Chubut, en Patagonie atlantique. Cet amoureux de la nature et des animaux, passe son temps à observer les orques et les phoques. Il vit en solitaire, avec son cheval, tout en conservant de bonnes relations avec les habitants du village le plus proche qu’il rallie en enfourchant son scooter.

Sa tranquillité est bouleversée par l’arrivée de Lola et son fils autiste, Tristán, âgé de 11 ans. Lola lui apprend que la seule fois où elle a vu Tristán montrer un signe d’empathie est le jour où ils ont vu un documentaire dans lequel Beto côtoyait les orques.

L’histoire raconte l’évolution de la relation entre les trois personnages et l’orque Shaka qui entretient une relation particulière avec Beto.

Bande-annonce El faro de las orcas

Roberto Bubas, l’homme qui inspira l’histoire du film El faro de las orcas

Roberto Bubas, surnommé « Le charmeur d’orques » inspira le personnage Beto du film El faro de las orcas. Le Tristán du film s’appelle dans la réalité Agustín. Il est mexicain, sourd muet, et était alors âgé de 7 ans. Le livre écrit à son sujet s’intitule Agustín Corazón Abierto (Agustín, cœur ouvert).

Je vous propose de retrouver en fin d’article la biographie plus détaillée et l’interview de Roberto Bubas, l’inspirateur de El faro de las orcas.

Roberto Bubas sur son cheval gris

Roberto Bubas, l’homme qui inspira El faro de las orcas

La critique du film El faro de las orcas

El faro de las orcas est un conte dont le fond est plus intéressant et plus complexe qu’il n’y paraît. Pour commencer par l’aspect esthétique, la côte argentine de la Patagonie constitue à elle seule un personnage fascinant du film, tant elle nous dépayse. La réalisation du film est irréprochable, plutôt sobre, mais bien construite et équilibrée, en phase avec le sujet.

El faro de las orcas 3

L’hommage aux orques

Les orques ne sont pas de chaque plan, mais elles participent au scénario à plusieurs titres. Les mères orques vivent toute leur vie avec leur descendance qu’elles n’abandonnent jamais, quoi qu’il arrive. Lola leur ressemble en tentant l’impossible pour rendre son fils heureux et le sortir de la torpeur dans laquelle l’autisme le maintient.

Le trouble de l’enfant peut être associé à la maladie de notre société qui vit totalement déconnectée de la nature, contrairement à Beto. Le film joue sur un paradoxe terrible : Beto risque de perdre son emploi, car on lui interdit d’approcher les orques. Il est espionné par des défenseurs de la nature qui estiment qu’il risque d’encourager une foule de touristes à venir pour toucher les orques qui doivent rester des animaux sauvages et non des attractions touristiques.

Le drame est que l’on peut comprendre cette interdiction qui se justifie, mais qu’elle touche injustement Beto qui, lui, est respectueux de l’animal. Pendant ce temps, de pauvres orques maltraitées sont exhibées dans des parc aquatiques, ce qui n’est pas interdit… d’où le paradoxe.

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La romance entre Beto et Lola

El faro de las orcas s’écarte de l’histoire originale de manière significative en tissant une romance entre Lola et Beto, alors que, dans l’histoire originale, le garçon autiste fut amené en Patagonie par ses deux parents, et pour une période assez courte.

Cet écart sert à la dramaturgie du film. On se doute bien que ces deux-là ne vont pas rester indifférents l’un à l’autre. On devine dès le début que Beto a lui-même vécu un drame familial et qu’il n’a pas toujours vécu seul ; on apprend rapidement que le mari de Lola l’a laissé tomber, alors que Tristán n’avait que deux ans.

Il existe un autre signe évoquant la difficulté de maternité des orques, mais pas de spoiler ici, à vous de le découvrir !

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Un style poétique

Il y a bien sûr des clichés romantiques, mais c’est plutôt touchant : un héros ténébreux qui chevauche son cheval gris à cru à travers le territoire sauvage de la péninsule Valdés, un phare depuis lequel « on embrasse le monde », la nuit étoilée, la danse sensuelle entre les deux protagonistes…

La fête de la tonte des moutons, au cours de laquelle la communauté locale se réunit pour danser sur les chants traditionnels des gauchos, a des allures bibliques. L’un des personnages secondaires les plus charmants est Marcela (Ana Celentano). On découvre à la fin du film qu’elle est en fait née et a grandi à Buenos Aires, comme elle l’explique à Lola : « Je n’aurais jamais imaginé, moi qui suis une citadine, que je serais heureuse de vivre dans un endroit aussi sauvage, inhospitalier et isolé : peindre, élever mes enfants, sans crainte, sans interférence ! ».

C’est un film « écologique », parce qu’il ne parle jamais d’écologie. Et c’est grandement appréciable de ne pas regarder une histoire moraliste et donneuse de leçon, comme bien souvent dans ce type de film. Autre soulagement, le téléphone portable ne passe pas !

El Faro de las orcas chante un hymne à la vie simple, dans lequel un travail honnête et des sentiments sincères apportent une profonde satisfaction à l’âme. Le film nous ramène à une existence plus innocente, une vie plus simple dans laquelle les êtres humains se satisfont de ce qui leur est accordé par la nature et ne sont pas obsédés par la technologie et l’argent.

Les personnages sont touchants, les paysages extraordinaires et les orques sont sublimées, alors pourquoi bouder son plaisir !

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Le faux raccord qui galope durant tout le film

Beto a un cheval gris (même s’il paraît blanc, c’est bien un cheval gris) qu’il monte à cru. Tout au long du film, on peut remarquer un faux raccord récurrent concernant son embouchure. Tantôt il s’agit d’un mors simple à anneaux, tantôt d’un mors à levier, type Pelham, avec cependant une seule paire de rênes.

Il y a même un gros plan sur lequel on voit clairement la gourmette, alors que le cheval porte un mors de filet simple dans le plan suivant.

Autre remarque, Beto tient les rênes à l’envers par rapport à la monde traditionnelle, mais pas Tristán. Peut-être est-ce normal outre-Atlantique…

Il y a probablement d’autres faux raccords dans le film et je vous invite à les signaler en commentaires.

Les trailers et coulisses du film El faro de las orcas : les orques en animatronique

Dans les deux vidéos qui suivent (en espagnol sous-titré en français), le réalisateur du film, Gerardo Olivares, et l’équipe des effets spéciaux expliquent l’utilisation de l’orque animatronique et des procédés de tournage pour que le montage final paraisse crédible.

Pour ceux qui ont vu le film, on peut estimer que les dents et le souffle de l’orque peuvent paraître un tantinet artificiels, mais c’est largement préférable à l’utilisation d’orques de bassin dressées, ce qu’aurait de toute façon refusé le vrai Beto qui a inspiré le scénario du film.

 

Le long chemin entre Orca, film de 1977 et El faro de las orcas, en 2016

Tant dans la perception de l’animal que dans la façon de tourner, la différence est notable entre Orca, film de 1977 et El faro de las orcas en 2016.

L’épaulard dans Orca film est présenté comme un animal qui peut se montrer impitoyable par esprit de vengeance. L’orque est aussi censée être monogame durant toute sa vie. Le film utilise quelques effets spéciaux pour figurer l’animal, mais aussi des orques dressées de parcs aquatiques.

En 2016, l’orque n’est plus présentée comme un prédateur aveuglement cruel, mais comme un animal sensible. Les images sont celles d’orques sauvages et, pour les plans avec les humains, des répliques en animatronique sont utilisées.

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Le casting de El faro de las orcas

Maribel VerdúLola
Joaquín FurrielBeto
Quinchu RapaliniTristán
Ana CelentanoMarcela
Ciro MiróManolo
Osvaldo SantoroBonetti
Federico BargaQuiñones
Zoe HochbaumMartina
Alan Juan Pablo MoyaInti
Juan Antonio SánchezJunco
Eduardo ‘Camión’ DomínguezAnciano
Roberto BubasHombre
Isidoro del CarmenEsquilador
Errol Kenny HughesPaisano
Maria A. AbrahamCamarera
Julio Cesar ArriagadaMúsico
José Alfredo ArriagadaMúsico
Jesús Nazareno ArriagadaMúsico
Mario ArriagadaMúsico

 

Lola - Maribel Verdú

Lola – Maribel Verdú

Maribel Verdú – Lola

Maribel Verdú, née le 2 octobre 1970 à Madrid, est une actrice espagnole. Elle fut révélée par Fernando Trueba et par de jeunes réalisateurs des années 1980, alors qu’elle n’a que 16 ans. Elle joua à plusieurs reprises des seconds rôles auprès de Victoria Abril dans les films de Vicente Aranda.

Elle poursuit une carrière prolifique avec de très nombreux rôles au cinéma, à la télévision et au théâtre.

Joaquín Furriel - Beto

Joaquín Furriel – Beto

Joaquín Furriel – Beto

Joaquín Furriel est un acteur argentin né le 26 août 1974 à Buenos Aires. Il apparaît dans plusieurs séries télévisées (Verano del’98, Sos mi hombre, Señores Papis…), ainsi qu’au cinéma.

En 2014, il fut récompensé par de nombreux prix du meilleur acteur pour son interprétation d’Hermógenes Saldívar dans El patrón, radiografía de un crimen : Prix Sud, Condor d’argent, Festival international du film de Guadalajara, entre autres.

Tristán - Quinchu Rapalini

Tristán – Quinchu Rapalini

Joaquín (ou Quinchu) Rapalini – Tristán

Joaquín Rapalini a joué dans Respira : Transgenesis (2019), El faro de las orcas (2016) and Historias breves 12 (2016).

El faro de las orcas affiche

Le réalisateur de El faro de las orcas

Gerardo Olivares, né en 1964 à Cordoue, en Andalousie, est un réalisateur et scénariste espagnol. Il a parcouru le monde en tournant des documentaires pour la télévision, avant de tourner des films de fiction.

Filmographie de Gerardo Olivares

– 2005 : Caravana, un documentaire suivant le parcours de deux enfants. Le premier traverse le désert de Ténéré au Niger, avec une caravane de quarante chameaux, jusqu’aux salines de Bilma. Le second parcourt la cordillère de l’Himalaya au Népal avec cinquante yaks, jusqu’aux salines de Dabrié.

– 2006 : La Grande Finale (La gran final) une docufiction sélectionnée au Festival du film de Berlin qui suit une famille de Mongols nomades, les Touaregs d’une caravane de dromadaires au Sahara et une tribu d’indiens de l’Amazonie.

– 2007 : 14 Kilomètres (14 kilómetros), un documentaire sur l’immigration africaine.

– 2010 : L’Enfant loup (Entrelobos), l’histoire de Marcos, âgé de 7 ans, et son grand frère qui sont bergers pour aider leurs parents, métayers d’un riche propriétaire dans la région des montagnes espagnoles de la Sierra Morena.

– 2015 : L’Aigle et l’enfant (Hermanos del viento, littéralement Les Frères du vent), avec Jean Reno, qui raconte l’histoire d’un enfant qui élève un aiglon tombé du nid.

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L’équipe technique de El faro de las orcas

Voici les principaux techniciens du film. Pour en avoir la liste complète, reportez-vous à la fiche IMDb de El faro de las orcas.

El faro de las orcas techniciens

Roberto Bubas, l’homme qui a inspiré El faro de las orcas

Roberto Bubas est né à Esquel, dans la province de Chubut, en Patagonie argentine, le 20 août 1970. Il travaille depuis de nombreuses années avec des orques à l’état sauvage et est considéré par de nombreux spécialistes des mammifères marins comme l’une des personnes qui en savent le plus à leur sujet.

Roberto Bubas est agent de conservation des zones marines protégées côtières et garde forestier en chef de la zone protégée provinciale de Péninsule Valdés depuis 1992. Son projet de recherche « Suivi de la population et stratégies de chasse chez les orques de Patagonie du Nord » a été déclaré d’intérêt par l’Honorable Législature de Chubut, et il a reçu une subvention de la National Geographic Society et d’autres institutions mondiales.

Il travaille actuellement en tant que Wildlife Ranger à El Doradillo, dans la zone protégée de la province de Péninsule Valdés (site du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1999).

Invité permanent du Center for Whale Research des États-Unis d’Amérique, il a travaillé dans ce pays pendant les saisons de recherche de 1995, 1996, 1997, 1999 et 2004. Il a également visité l’Orca Lab de Vancouver, au Canada, ainsi que la North Gulf Oceanic Society d’Alaska.

Roberto Bubas compte plus de 4 000 heures d’observation des orques sauvages en Patagonie, dans le Pacifique Nord et en Antarctique. Ses rapports ont contribué à la création de lois pour la protection de l’espèce dans la mer argentine.

Roberto Bubas a été invité à donner des conférences en Angleterre (BBC, Bristol), en Belgique (Université libre de Bruxelles), en Italie (Université de Milan), aux États-Unis (Université Pepperdine à Malibu, État de Washington et Alaska), au Canada (Vancouver), en Espagne (Musée national des sciences naturelles de Madrid), ainsi que dans de nombreuses institutions d’Argentine.

Il a conseillé la production de documentaires pour la BBC, National Geographic, Animal Planet, TVE d’Espagne, NHK et TBS du Japon, entre autres, et a été interviewé à de nombreuses reprises par les télévisions argentines et étrangères. Son livre Orcas del Chubut est le principal matériel de référence pour l’élaboration des scripts des documentaires sur les orques de la Péninsule Valdés.

Roberto Bubas a publié 8 livres liés à son travail et à ses expériences dans la nature. Il a conseillé et écrit des textes pour les travaux de photographes renommés de Patagonie. Son livre Agustín Corazón Abierto a été déclaré d’intérêt éducatif par le ministère de l’éducation de Chubut, et récemment publié par Planeta pour tous les pays hispanophones.

Des articles dont il est l’auteur et des notes sur son activité ont été publiés dans des magazines et des journaux nationaux et étrangers. Il a été sélectionné par l’Agence japonaise de coopération internationale pour participer à un programme de formation en éducation environnementale (Osaka, 2010).

Naturaliste essentiellement humaniste, il comprend son travail avec des objectifs générationnels, le but de son travail étant de générer une conscience environnementale, en proposant la réincarnation des valeurs qui guident l’Homme pour s’intégrer de manière harmonieuse dans l’espace naturel qui l’entoure.

Roberto "Beto" Bubas

Roberto « Beto » Bubas

Extraits d’une interview de Roberto Bubas, l’inspirateur de El faro de las orcas

Voici quelques extraits d’une interview réalisée par Diaro Jornada, réalisée en janvier 2016, juste avant la sortie du film El faro de las orcas, basé sur son histoire Agustín Corazón Abierto.

Tout juste rentré de Rome, où il a été invité par des naturalistes qui travaillent avec les requins blancs, Roberto nous fait découvrir la nature de la province et de la Péninsule Valdés, avec son expérience passionnée de gardien de parc naturel. Son message est clair et simple : nous pouvons et devons tous communier avec la vie naturelle.

Comment êtes-vous arrivé sur la côte depuis votre Esquel natal, dans les montagnes ?

Depuis mon enfance, je suis fasciné par la mer. Je collectionnais les magazines relatant le parcours de Jacques-Yves Cousteau qui arrivaient en ville une fois par mois et mon rêve à l’époque était de devenir biologiste marin et de travailler sur la Calypso.

Après avoir terminé mes études secondaires à l’école polytechnique d’Esquel, j’ai obtenu une bourse pour aller en Italie. Quand je suis revenu de ce voyage, en 1991, c’était une période difficile en Argentine. J’avais 20 ans, et l’économie allait très mal. J’ai pris la décision, à regret, de retourner en Italie, poussé par le besoin de me forger un avenir. Et c’est à Rome, je m’en souviens, exactement sur la place Saint-Pierre au Vatican, frustré et triste de mon avenir incertain dans un pays étranger, que j’ai décidé de retourner en Patagonie pour faire quelque chose en rapport avec la nature.

J’avais deux options : étudier la biologie marine ou essayer de devenir garde du parc à Los Alerces. J’ai finalement opté pour la première solution, je suis arrivé à Puerto Madryn et j’ai commencé à étudier la biologie.

Beto - Joaquín Furriel

Beto – Joaquín Furriel

C’est là que vous avez décidé de devenir garde-forestier ? Comment s’est passée votre arrivée à Péninsule Valdés ?

À Madryn, j’allais à l’université l’après-midi, et le matin je travaillais comme professeur à l’école 736. Le week-end, Quique García venait me chercher pour travailler comme volontaire dans les réserves naturelles de la péninsule. Quique était le tout nouveau directeur de la conservation des zones protégées, un homme grand, infatigable et enthousiaste, autodidacte comme moi, et désireux de faire des choses.

Les réserves de faune de la province s’étaient effondrées et il s’était fixé la tâche titanesque de les relever. Quelques mois après avoir travaillé comme volontaire, alors que nous étions en route pour Punta Norte, il s’est arrêté à Caleta Valdés. On s’est penché de la falaise et trois nageoires noires étaient juste devant nous. J’ai été impressionné, par les orques, les pingouins, les éléphants de mer, le paysage, l’infinie solitude.

Il m’a dit qu’il avait besoin de quelqu’un pour cet endroit, que les gens faisaient du désordre et qu’aucun ranger ne voulait y aller, car il n’y avait pas d’installations. « Tu es prêt à le faire ? » m’a dit Quique. « Nous apporterons une remorque, un baril avec de l’eau et tu pourras t’installer ici. »

Il n’a pas eu besoin de me dire autre chose. « Compte sur moi ! », ai-je dit sans y réfléchir à deux fois. Nous nous sommes serré la main et avons conclu l’affaire. Quelques jours plus tard, j’étais là, seul au milieu de nulle part, le premier garde du parc de la Caleta. Je ne l’ai jamais regretté.

Comment est née votre relation particulière et intense avec les orques ?

C’est sans doute le plus grand trésor que j’ai reçu de la nature, et il est né en jouant avec des algues. En 1992, j’avais commencé à surveiller les orques qui visitaient la réserve. J’essayais de reconnaître les orques que le ranger López avait identifiées dans les années 70, et j’allais dans l’eau pour les voir de plus près et dessiner les nageoires dorsales, car les jumelles et l’appareil photo étaient un luxe qui n’existait pas pour moi à l’époque.

Pendant que je faisais cela, à une occasion, l’une des quatre orques s’est approchée du rivage et a laissé un tas de cochayuyos (espèce d’algues brunes géantes) devant moi. Elle a levé sa grosse tête plusieurs fois et s’est éloignée.

« Celle-là veut jouer », ai-je pensé. Je lui ai rendu le bouquet d’algues en le jetant dans la mer. Je l’ai regardée avec étonnement aller le chercher et le ramener sur le rivage. Les trois autres orques se sont jointes au jeu et là a commencé une fête, quelque chose d’incroyable dont je me souviens avec émotion.

Avant que la marée ne descende, elles sont parties et, pendant plusieurs jours de suite, elles sont venues sur la même plage, à la même heure, en attendant que je joue. J’ai gardé le secret pendant quatre ans. Le reste est une histoire connue.

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Et votre combat pour les sauver de la captivité ?

Pendant quinze ans, j’ai passé des milliers d’heures avec les orques, les surveillant pour connaître leur état de conservation et jouant quand c’était leur initiative. Outre mon cheval Rigel, j’ai probablement passé plus de temps avec les orques pendant ces années qu’avec n’importe quel être humain. Ils sont devenus ma famille.

Connaître les orques en captivité, c’était comme connaître un membre de sa famille injustement emprisonné et tenu au secret. Savoir que dans mon propre pays il y a une orque qui est emprisonnée depuis 20 ans et ne rien faire pour la libérer serait impensable. C’est le cas de Kshamenk, et contre toute attente, j’espère toujours que nous pourrons la réhabiliter et la libérer afin qu’elle puisse retrouver sa famille qui vit toujours dans la mer de Tuyu, où elle a été capturée en 1992. Techniquement et juridiquement, sa libération dépend surtout d’une décision politique du gouverneur de la province de Buenos Aires.

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Quelle est la situation des orques et des autres animaux en captivité ?

Je ne suis pas seulement préoccupé par les orques, mais par la captivité en général, et pas seulement à cause de la souffrance injustifiée d’un être vivant, mais aussi à cause du message qu’elle envoie à la société.

Peu importe à quel point ils essaient de le déguiser, le message d’un zoo ou d’un aquarium est à l’opposé des valeurs que nous voulons enseigner à nos enfants. Le respect de la liberté et de la vie est un pilier fondamental de la société humaine. Être cohérent avec ces valeurs implique de ne pas garder les animaux en captivité, et encore moins de le justifier dans l’éducation.

Et concernant les critiques de la libération, je crois que l’on sous-estime la capacité des animaux sauvages à se rétablir d’eux-mêmes, sans autant d’intervention humaine. Les protocoles de réintroduction des espèces sauvages semblent être rédigés par les hommes d’affaires de la captivité pour décourager toute tentative de les mettre hors circuit. Croire qu’un animal en bonne condition physique n’est pas capable de survivre dans son environnement après sa réhabilitation, c’est comme croire qu’un prisonnier est un cas désespéré qui ne peut être réintégré dans la société.

Vous êtes affecté à El Doradillo. Avec le changement de gouvernement, attendez-vous des améliorations dans votre région ?

El Doradillo est le meilleur endroit au monde pour observer les orques depuis la côte. Il se trouve dans la zone protégée provinciale de la Péninsule Valdés, et c’est donc une obligation non délégable de l’État provincial de veiller à sa conservation. Sans intention de blâmer, mais pour aider à établir les responsabilités, je dois dire que l’administration précédente, au lieu de soutenir, de renforcer et de donner les moyens de travailler à l’agent provincial qui y était affecté, a laissé la zone orpheline, en déléguant sa garde et sa gestion à la municipalité de Madryn, qui avec des ressources limitées a fait ce qu’elle a pu et bien, mais ce n’était pas suffisant. J’espère que l’administration actuelle remédiera à ces lacunes.

Je pense également qu’il faut travailler sur l’éducation, faire comprendre que la responsabilité de la conservation de ces zones limitrophes des villes n’incombe pas seulement au gouvernement, mais à tous les voisins qui apprécient la proximité de la nature et l’utilisent pour leurs loisirs. Plus nous serons conscients, en tant que citoyens, de l’utilisation responsable du lieu, moins nous aurons besoin de contrôle et moins il y aura d’interdictions. Il serait important de zoner la région, en déterminant les endroits où les visiteurs peuvent pratiquer différentes activités sportives et récréatives, en tenant compte des différentes périodes de l’année et de la saisonnalité des espèces présentes.

Le grand défi aujourd’hui n’est pas de conserver en interdisant, mais en permettant.

Comment est née l’idée d’Agustín Corazón Abierto ?

Agustín Corazón Abierto est né d’une histoire vraie, de la visite à Punta Norte d’un garçon de 7 ans, sourd et muet et avec des comportements autistiques, ainsi que de mon amitié avec les orques.

 D’autre part, le film basé sur l’histoire à l’origine du livre Agustín Corazón Abierto, El Faro de las Orcas, envoie un message de respect de la diversité et de la vie, je pense qu’il sera un élément promotionnel important pour notre province.

Comment se passait une journée sur la péninsule pour un gardien de parc naturel ?

En plus des tâches habituelles d’information, d’entretien, de surveillance et de contrôle qu’effectue un gardien de parc naturel, je menais à bien le projet de surveillance des orques et de leurs stratégies de chasse. J’ai beaucoup lu, rêvassé et écrit quelques réflexions de temps en temps.

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